À Paris, à deux pas du célèbre pont Alexandre III, se cache un escalier secret, en le prenant on accède à la centrale de climatisation Canada de Climespace. Une centrale qui s’enfonce jusqu'à 35 mètres sous terre. Et qui refroidit toute la ville.

Les Parisiens l’ignorent, mais ils ont sous les pieds des kilomètres de pompes, de compresseurs, d’échangeurs thermiques, et de canalisations. Un réseau de froid exceptionnel. Un modèle du genre, envié et étudié par les ingénieurs et les urbanistes des plus grandes capitales du monde.

Sept centrales sont dissimulées dans le sous-sol parisien, sous les immeubles haussmanniens, les parkings, les pavés des rues… 140 kilomètres de tuyaux d’eau froide courent sous les trottoirs, les murs et refroidissent des bâtiments publics ( l’Assemblée nationale), des musées, des grands magasins ( les galeries Lafayette), des grands hôtels ( le Georges V)

C’est en 1978 que la construction de ce réseau a débuté, la première centrale a vu le jour au centre de paris, aux Halles. Une huitième est en construction dans le nord-ouest de la ville, une neuvième unité est prévue dans les sous-sols de la grande bibliothèque nationale.

"Nous avons de la demande même en hiver, précise la directrice de Climespace, Laurence Poirier-Dietz. Le Louvre, par exemple, doit en permanence climatiser ses salles pour maîtriser l’humidité ambiante. Les banques sont aussi de gros clients pour leurs immenses salles de serveurs."

Une technologie maîtrisée.

Grâce à des énormes pompes propulsant à l’heure l’équivalent de deux piscines olympiques, la centrale envoie dans ses tuyaux une eau à 2 °C qui traverse les bâtiments et les refroidit avant de revenir à la centrale à 10° C. Des échangeurs, alimentés en hiver par l’eau de la seine ou par des fluides frigorifiques abaissent alors sa température. Une technologie en circuit fermé parfaitement maîtrisée.

Dissimulés et centralisés, les réseaux de froid urbain ont l’avantage d’émettre deux fois moins de CO2 que les climatiseurs individuels et de ne pas défigurer le paysage.

Selon Jérôme Tolot directeur de la branche Énergie Services de GDF Suez :

"Toutes les villes du monde s’intéressent aux réseaux de froid. Nous avons des projets en Asie, au Moyen-Orient et surtout en Europe. Moins de 40 % des immeubles de bureaux sont climatisés en Europe, contre 80 % aux États-Unis ou au Japon. Ce taux devrait rapidement augmenter pour atteindre 60 % dans sept ans. »

 Des réseaux de froid urbain sont déjà implantés en Europe à Barcelone, Lisbonne, Londres, et en Asie à Cyberjaya en Malaisie et Tianjin en Chine.