L’art contemporain divise l’opinion, que l’on évoque Duchamps, César, Basquiat, Warhol, Nikki de Saint Phalle, Jeff Koons, aucun de ces artistes emblématiques n’a échappé à la critique.

Fidèle à ces maîtres, le sculpteur espagnol Eugenio Merino présentait au Salon de l'art contemporain de Madrid (Arco) une œuvre qui fait froid dans le dos à plus d’un visiteur.

La statue grandeur nature et hyper réaliste du dictateur Francisco Franco conservé dans un réfrigérateur !

La sculpture, faite de résine, de silicone et de cheveux humains a été mise en vente à 30.000 euros.

l’artiste Eugenio Merino et son œuvre

L’Espagne a été maintenue sous la poigne de fer du dictateur Francisco Franco entre 1939 et 1975, année de son décès, à 83 ans. Le sculpteur fait partie de la génération d’artiste née après le franquisme et qui s’y attaque sans tabou.

L’artiste présente le général en uniforme d’apparat et lunettes de soleil, debout dans un réfrigérateur surmonté d'un bandeau rouge barré d'une bande blanche évoquant le logo Coca-Cola.

 

Un Franco toujours prêt à être réchauffé!

Le propos de l’artiste est d’exprimer, avec son œuvre appelée «  Always Franco », que des dizaines d’années après sa mort la figure de l’ancien dictateur demeure toujours présente et bien souvent à la une de l’actualité espagnole.

Eugenio Merino déclarait à l’AFP : « Cela représente l'idée qu'en Espagne, les gens gardent très vivante l'image de Franco. On n'arrête pas de parler de lui, de débattre à son sujet. Le réfrigérateur est le lieu où les choses restent vivantes et fraîches » 

En Espagne, le thème de la dictature franquiste reste très disputé et l’opinion publique particulièrement concernée.

« Il y a des gens qui aiment beaucoup la sculpture, d'autres qui ne veulent pas la voir. »

Bien après la mort de Franco, le Caudillo ( « le guide » auto proclamé), sa vision de la nation espagnole, certaines de ses idées semblent toujours prêtes à être recyclées par certains.

« La répression a été si grande et la dictature a duré si longtemps que les gens ont fini par aimer la personne qui avait pris leur liberté. Ma génération a une perspective plus archéologique, plus critique » déclare l’artiste.

Habitué à présenter des œuvres controversées Eugenio Merino proposait en 2010 une sculpture intitulée « Stairway to Heaven » ( « l’escalier vers le paradis ») qui montrait un musulman priant à genoux, un prêtre catholique sur son dos et un rabbin priant lui aussi sur les épaules du prêtre.

L'ambassade d'Israël à Madrid avait rapidement émis des protestations officielles concernant cette sculpture.

Quelque soit le support et le thème abordé, il faut reconnaître aux artistes contemporains le talent de savoir susciter la controverse, et de faire parler d’eux.